Espace adhrent
Page d'accueil > Indicateurs et Graphiques > Compétitivité: l'observatoire > Bilan de la compétitivité française

Bilan de la compétitivité française

Chaque année depuis 2006 un bilan complet de la compétitivité de l'économie française et de l'évolution de sa base industrielle, publié dans un document de travail public.

Les indicateurs de compétitivité de la France reculent nettement en 2020

- N.77, mars 2021

02/03/2021

Emmanuel JESSUA

Après un début de stabilisation entre 2017 et 2019, les indicateurs de compétitivité de la France, tels que la balance commerciale ou ses parts de marchés à l'exportation en zone euro, se sont fortement dégradés en 2020. Comme tous les pays européens, la France a été touchée par la crise de la Covid qui a bouleversé les équilibres économiques, mais sa compétitivité en a davantage souffert. Un écart que n'expliquent ni la comparaison des prix à l'exportation, ni la spécialisation industrielle ou la dureté des restrictions sanitaires.

Part des exportations dans les exportations totales de la zone euro  variation en 2020 par rapport à 2019

En 2020, les indicateurs de la compétitivité à l’exportation
ont davantage reculé en France que chez ses partenaires européens

La crise de la Covid a à la fois contraint l’offre de biens et de services et limité drastiquement certaines dépenses de consommation. Comme tous les pays européens, la France a été touchée par ces bouleversements, mais sa compétitivité en a davantage souffert.

• Le déficit de la balance commerciale s’est creusé de plus de 7 Mds€ en 2020, atteignant -65 Mds€. L’excédent du solde de la balance des services s’est réduit de 13,5 Mds€, pour s‘établir à près de 8 Mds€.

Les exportations françaises de biens et services se sont contractées plus fortement que celles de l'ensemble zone euro (-19,3% contre -13,2%).

• La part de la France dans les exportations de la zone euro a baissé de 1 point entre 2019 et 2020 pour atteindre son plus bas niveau (13,5 %) depuis vingt ans. Cette baisse représente une perte d’exportations de 46 Mds€.

• La chute est particulièrement forte pour les biens (-1,2 point), la part française passant à 12,7%, alors que les parts de marché de ses principaux concurrents européens (Allemagne, Espagne, Italie) dans les exportations de la zone euro sont restées quasi-stables.

Ce recul de la France ne s'explique
ni par sa spécialisation industrielle, ni par le poids des contraintes sanitaires

• Pourtant la compétitivité-prix des exportations françaises ne s’est pas dégradée, les prix à l’exportation français n’ayant pas moins diminué que ceux des autres pays européens.

• La chute des exportations aéronautiques et des recettes touristiques a fortement contribué à la dégradation des échanges extérieurs mais (1) les parts de marché de la France dans ses domaines de spécialisation ont davantage reculé que celles de ses principaux concurrents européens, (2) les pertes concernent la quasi-totalité des produits. La spécialisation industrielle et les avantages comparatifs de la France n’expliquent donc pas l’ampleur du recul de ses parts de marché en zone euro.

• L’effet de structure des exportations françaises, mesuré en appliquant les reculs des exportations françaises par produits à la structure d’exportation des autres pays (Allemagne, Italie, Espagne), s'avère mineur.

• Les contraintes sur le secteur productif ont été fortes en France mais pas dans des proportions qui puissent justifier le recul constaté. En moyenne sur l’année, la France ne semble pas avoir durci davantage les mesures sanitaires qu’en Espagne ou en Italie, pays qui n’ont pas perdu de parts de marché à l’exportation de leurs biens.

La compétitivité française doit rester un point d’attention pour la politique économique

La performance à l’exportation de l’appareil productif français semblent avoir plutôt souffert d’une fragilité générale et il est pour l’heure difficile de déterminer si cette rechute sera temporaire. Mais les évolutions des parts de marché et de la base industrielle sont historiquement conjointes et l'année 2020 ne déroge pas à la règle: de manière plus atténuée que pour les parts de marché, la part de l’industrie française dans la valeur ajoutée industrielle de l’ensemble de la zone euro rechute à 14,1%, soit un plus bas historique.

La compétitivité française en 2018: un espoir de stabilisation mais l'érosion industrielle se poursuit

- Juin 2019

11/06/2019

Le constat de ce 13ème bilan annuel de la compétitivité française est à la fois rassurant et préoccupant. Rassurant, car les parts de marché de la France semblent en voie de stabilisation. Préoccupant, parce que le poids de la valeur ajoutée industrielle française en Europe continue de reculer. Or c’est la création de valeur qui détermine les revenus.

Part des exportations de biens et services  dans les exportations de la zone euro

• La part de marché de la France dans la zone euro semble en voie de stabilisation

La part des exportations françaises de biens et de services en valeur dans les exportations de la zone euro s'établit à 14,3% en 2018. Ce niveau est stable par rapport à 2017, sauf si l'on observe les seuls services qui reculent encore. C'est 3,6 points de part de marché en moins qu'en 2000. D'abord très rapide, le repli français s’était progressivement modéré, avant de s'accentuer de nouveau en 2016-17.

En volume, la part de marché française a légèrement progressé entre 2017 et 2018 (+0,1 point pour les biens, stable pour les services).

• Gagnants et perdants de la compétitivité en zone euro

Trois grands groupes se sont petit à petit formés à partir de 2000. La France et l’Italie, ont vu le poids de leurs exportations dans celles de la zone euro diminuer nettement (-3,6 points et -2,6 points). L’Espagne a maintenu sa position. Enfin, l’Allemagne et les autres pays de la zone euro ont progressé de respectivement +3,2 points et +2,7 points. Depuis 2016, la part allemande a légèrement baissé (-0,6 point), celle du reste de la zone euro progresse de 0,9 point.

• Le recul relatif de l'industrie française en zone euro se poursuit

Secteur le plus directement exposé à la concurrence internationale, l’industrie représente près des 3/4 des exportations françaises. Or la France est le pays qui a le plus pâti des importants déplacements de l’activité manufacturière au sein de la zone euro. La part de la valeur ajoutée manufacturière française dans celle de la zone euro a chuté de 4,2 points depuis 2000. L'Italie a perdu 2,4 points. A l'inverse, l'Allemagne a gagné 5,5 points, l'Espagne 0,4 point et le reste de la zone euro 0,7 point.

• Comprendre le recul de la compétitivité industrielle française

Si le recul historique de la compétitivité industrielle française ne fait plus débat, les études divergent sur les poids respectifs d'un ensemble de facteurs: prix, coûts salariaux, ou facteurs plus structurels.

Le début des années 2000 a vu les effets des politiques du travail opposées en France et en Allemagne. L’ampleur du choc sur le système productif français s’avère difficile à apprécier car les données sur l’évolution des prix industriels et des coûts salariaux divergent, au moins au début des années 2000. Cette incertitude ne remet pas en cause notre analyse des mécanismes de la perte de compétitivité.

Trois déséquilibres se sont créés: une forte baisse des marges de l’industrie, un recul rapide des parts de marché, un recul relatif de l’industrie française en zone euro. La France est le pays où le nombre d’entreprises et l’emploi industriels ont le plus reculé de 2000 à 2018. Pour faire face, les entreprises ont maintenu l’effort d'investissement et un rythme élevé de substitution du capital au travail.

La dérive relative des coûts français s’est progressivement réduite. La politique de baisse des charges sociales y a contribué de 2013 à 2015. Les résultats de 2018 laissent entrevoir un espoir de stabilisation de notre compétitivité, à un niveau réduit. Pour consolider, voire amorcer la réindustrialisation, la politique de baisse des coûts de production par celle des prélèvements doit être poursuivie.

Actualités

Etudes pour le débat public