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Documents de travail

Les rapports publics pour le débat de politique économique

En accès libre, des documents de travail ou des rapports sur des sujets de politique économique. Voir aussi A Noter des notes synthétiques sur un chiffre ou un enjeu de la politique économique.

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Perspectives France 2020-2021: la politique budgétaire entre sauvegarde de l'économie et relance de la croissance

- N.75, Octobre 2020

22/10/2020

Ce document de travail présente notre analyse des hypothèses économiques et des mesures du projet de loi de finances pour 2021, ainsi que nos propositions pour un renforcement de la relance. Le plan de relance stimulera la croissance française à hauteur de 1 point de PIB en 2021 et produira un effet durable à moyen-long terme, principalement grâce à la baisse des impôts de production. On peut cependant aller plus loin sur ce dernier point, comme sur celui du financement des entreprises.

Photo Olga Konomenko, Unsplash

• Les hypothèses économiques du PLF 2021 sont proches du consensus et de nos perspectives

Avec un recul du PIB de -10% en 2020 puis un rebond de 8% en 2021, la prévision gouvernementale est proche de nos dernières perspectives (-9% en 2020 et +7% en 2021). Etablies début septembre, elles intégraient une persistance de l'épidémie de Covid-19, mais pas au niveau constaté depuis, et donc pas de nouvelles mesures restrictives. Nous ne les remettons pas en cause à ce stade, mais les risques d'une révision à la baisse sont réels. On peut pour l'heure estimer le seul impact direct des mesures de couvre-feu adoptée le 17 octobre à 0,1 point de PIB, soit 0,4 point de croissance en moins au 4e trimestre.

De fortes divergences existent entre les prévisionnistes sur les perspectives d’emploi. Selon le Gouvernement, aux fortes pertes de 2020 ( -920 000 emplois, -710.000 selon nos prévisions) succèderaient des créations nettes (+435 000) en 2021, nous anticipons que le recul de l'emploi se poursuivra (-57 000) l'an prochain.

Au-delà de 2021, le rythme tendanciel de la croissance sera probablement affaibli par rapport aux tendances antérieures. Cela renforce la légitimité des mesures de soutien de la croissance potentielle déjà prises (baisse des cotisations sociales, réforme de la fiscalité du capital, lois travail) ainsi que l’orientation des mesures du PLF.

• Le plan de relance permettrait de gagner +1 point de PIB en 2021 et +1,3 point en 2022 et 2023

Le gouvernement a mis en avant deux chiffres: 470 milliards d’euros pour les mesures d’urgence et 100 milliards d’euros pour le "plan de relance". Ces chiffres sont en fait le résultat d’additions de données qui ne concernent pas tous les budgets publics, ni la seule année 2021. Le montant ex ante des mesures du plan de relance est en réalité de 65 milliards d’euros pour 2020 et de 36 milliards d’euros pour 2021.

L'impact de ces mesures, intégré dans nos perspectives de croissance pour 2021, est de l’ordre de 1 point de PIB. Il se poursuivrait au-delà et serait même un peu supérieur en 2022 et 2023. L’impact à moyen-long terme résulterait principalement de la baisse des impôts de production. On peut l’évaluer à un supplément de PIB de 0,3 point en 2025 et de 0,5 point en 2030.

Nos recommandations pour renforcer la relance

• La réduction des impôts de production est une mesure nécessaire et efficace, il faut aller plus loin

A court terme, la modalité retenue semble la plus adaptée car elle concerne toutes les entreprises y compris les PME. Néanmoins, Il reste des écarts importants avec nos principaux partenaires et de nouvelles baisses devront être envisagées, notamment concernant la C3S, un impôt en cascade et distorsif.

• 2 dispositifs disruptifs pour un véritable renforcement des fonds propres des entreprises

Les mesures du PLF visant à renforcer le financement des entreprises paraissent trop limitées dans leurs modalités et leur montant. Elles prévoient de garantir à hauteur de 2 milliards d’euros des "prêts participatifs" aux PME et aux ETI et de créer un label d’encouragement à des fonds d’investissements alternatifs. Nous proposons deux dispositifs susceptibles de mobiliser plusieurs dizaines de milliards d’euros supplémentaires :

  • De véritables prêts participatifs sans échéance fixée, garantis par l’Etat. Les remboursements seraient indexés sur les résultats futurs.
  • Un fonds de rendement à capital garanti afin d'ouvrir largement l'investissement dans les entreprises non cotées. L’épargne des ménages est abondante mais en quête de sécurité, alors que l’investissement productif est risqué. Le risque peut être diminué par la mutualisation dans des fonds, voire supprimé par une garantie de l’Etat sur la valeur des parts de ces fonds, garantie qui serait rémunérée.

• Cibler les mesures de pouvoir d'achat sur les populations les plus en difficulté

La plupart des mesures d’offre stimulent la demande, avant même leurs effets sur l’offre, dès lors qu’elles ne sont pas financées par un prélèvement fiscal. Cependant, s’il fallait à court terme stimuler un peu plus la consommation, une aide sans usage spécifique mais ciblée sur les plus précaires parait plus efficace.

• Eviter une dérive de la dette publique française préjudiciable à la croissance

Le choc de 2020 et 2021 conduira à une hausse de la dette publique de près de 20 points de PIB. La stabilisation du ratio à ce niveau est possible et peut déboucher sur un régime relativement stable si le taux d’intérêt reste très bas durablement et si le déficit primaire est ramené assez rapidement vers l’équilibre. Sinon, la dette publique pourrait amorcer une dérive difficilement soutenable, dommageable pour la croissance française et la stabilité de l’euro.

Voir aussi

Moins de croissance trop de carbone

- N.74, juillet 2020

21/07/2020

Le Pôle Energie-Climat a mené un exercice inédit de prévision des émissions de CO2 en France, en Europe et dans le monde, en lien avec nos perspectives macroéconomiques. Le Covid-19 a provoqué en 2020 une forte récession mondiale qui débouchera, après un rebond en 2021, sur une croissance durablement affaiblie. Les émissions carbone sont revues à la baisse sur l'ensemble de la période 2020-2030. Encore insuffisante pour atteindre les objectifs climatiques, cette baisse a un coût économique exorbitant.

Emission de Co2 selon les prévisions économiques d'ici 2030 Monde et France (calculs Rexecode)

• La crise du Covid-19 entrainera une perte de croissance définitive

Le confinement d’une partie de la planète a provoqué une forte récession mondiale, avec un recul du PIB estimé à -4,6% en 2020. Après un rebond de +6,9% en 2021, le rythme de croissance serait affaibli pour les prochaines années (+3%) selon le nos Perspectives de juin 2020.

Pour la zone euro, la récession serait de -8,6% en 2020, le rebond en 2021 de +6,4%, le niveau d'activité de 2019 n'étant retrouvé au mieux qu’en 2023 (+1,4%). En France, la récession serait encore plus marquée (-10,3% en 2020). Le rebond serait de +7,8% en 2021, puis de +2,8% en 2022, avant que la croissance ne converge vers un potentiel affaibli, de l’ordre de +0,8% par an.

• 143 kilos de CO2 émis pour produire 1000 euros de PIB en France, trois fois moins qu’en moyenne dans le monde

En 2019, les émissions mondiales de CO2 ont atteint 36 milliards de tonnes. L’Union européenne représente 8% des émissions mondiales et la France moins de 1% (327 millions de tonnes de CO2).

La production de 1000€ de PIB en France met en jeu actuellement une quantité d’énergie primaire de 101 kilos d’équivalent pétrole et dégage 143 kilos de CO2. Au niveau mondial, les chiffres sont près de trois fois supérieurs: la production de 1000€ de PIB met en jeu 197 kilos de pétrole et émet 483 kilos de CO2. L’Union européenne est proche de la France pour la quantité de pétrole nécessaire à la production de 1000€ de PIB, mais les émissions de CO2 sont bien plus élevées, à 234 kilos de CO2, la part du charbon étant encore élevée dans plusieurs pays.

• Projections 2020-2030: une baisse des émissions de CO2 au coût économique exorbitant

La récession actuelle entraîne en 2020 une diminution des émissions de CO2 par rapport aux perspectives antérieures: -11,4% pour la France, -9,8% pour l’Union européenne et -7,6% pour le monde. Pour l’ensemble de la période 2020-2030, la révision à la baisse des prévisions d’émissions atteint 190 millions de tonnes pour la France, 1,6 milliard de tonnes pour l’Union européenne et 17,2 milliards de tonnes pour le monde.

Les émissions évitées en raison de la crise doivent être rapprochées de son coût économique. La perte de volume du PIB, cumulée de 2020 à 2030, étant estimée à 1647 milliards d'euros pour la France, le coût économique de la tonne de CO2 non émise est de 8700 €. Ce coût est de 5200 € en moyenne dans l’Union Européenne et de 2200 € en moyenne dans le monde.

Les coûts par tonne de CO2 évitée en raison de la crise sont 20 à 30 fois supérieurs aux coûts des programmes actuels de réductions des émissions.

• La France se rapproche des objectifs 2030, le Monde en est loin

Pour la France, les émissions de CO2 atteindraient 241 millions en tonnes de CO2 pour l’année 2030, soit un écart de 3% par rapport à l’objectif de la Stratégie nationale Bas Carbone pour 2030.

Pour le monde, les émissions sont projetées à 41,7 milliards de tonnes de CO2 en 2030 alors que l’objectif du GIEC pour contenir la hausse de température à 1,5 degrés Celsius est de l’ordre de 20 milliards de tonnes de CO2. L'écart prévision/objectif pour le monde est 3000 fois supérieur à celui de la France.

Ces données incitent fortement à rechercher, au niveau mondial et au niveau de chaque pays, les moyens les plus efficaces pour concilier les objectifs climatiques et les objectifs économiques et sociaux.

Les données et prévisions détaillées sont disponibles en annexe du document de travail N.74

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