Focus
Perspectives économiques à court terme
Nous examinons dans ce document de travail, les effets économiques de la montée en puissance de l’IA générative sous l’angle de la souveraineté, en nous appuyant sur les enseignements des précédentes révolutions industrielles et technologiques. Nous évaluons la position de l’Europe et de la France dans cette nouvelle donne économique mondiale, avant de formuler un ensemble de scénarios prospectifs. Pour l’Europe et la France, dont le décrochage vis à vis des Etats-Unis est déjà enclenché, tout retard dans l'adoption et l’insertion dans les nouvelles chaînes de valeur permises par l’IA est porteur d'un risque majeur de déclassement économique et stratégique.
L’intelligence artificielle générative devrait induire une nouvelle révolution industrielle, comparable en ampleur transformative à la diffusion de l’électricité ou du pétrole. Elle permet en effet d’automatiser et de banaliser des fonctions cognitives complexes et coûteuses, et ainsi de réorganiser en profondeur les chaînes de production, avec à la clé des gains de productivité potentiellement massifs. A ce titre, l'IA générative pourrait entrainer des divergences durables de niveaux de vie et de développement entre les pays.
Pour l’Europe et la France, dont le décrochage vis à vis des Etats-Unis est déjà enclenché, tout retard dans l'adoption et l’insertion dans les nouvelles chaînes de valeur permises par l’IA est porteur d'un risque majeur de déclassement économique et stratégique. Les effets sur le marché du travail sont de second ordre et reflètent pour une large part une recomposition de la main d’œuvre qu’il faut accompagner plutôt que freiner.
Si son retard perdurait, le déclassement économique de l'Europe s'opérerait par deux canaux principaux: (1) le retard d’adoption et de diffusion de l’IA dans le tissu productif, qui creuserait l’écart de productivité ; (2) la dépendance aux fournisseurs étrangers d’IA, qui transfèrerait une part importante de la valeur ajoutée hors d’Europe.
Les écarts de PIB par habitant entre pays utilisateurs et pays producteurs de l'IA se creuseraient mécaniquement sous l’effet combiné de ces deux canaux. Les projections de Rexecode (mars 2026), prolongées jusqu’en 2045 donnent un ordre de grandeur: avec une croissance annuelle du PIB par habitant deux fois plus rapide aux États-Unis (+1,7%) qu’en France et en zone euro (+1,0%), et quatre fois plus rapide en Chine (+4,1%), l’écart de croissance cumulé entre les États-Unis et la France atteindrait près de 20 points et celui avec la Chine près de 100 points d'indice en 2045.
A la rente versée aux fournisseurs d'IA, s'ajouterait un mouvement de capitaux hors d'Europe, l’écart de rendement aspirant les capitaux vers les gagnants.
La dynamique décrite découle de la prolongation des tendances actuelles: adoption rapide aux États-Unis, retard d’adoption de l’IA en Europe, financement de l’IA américaine par des capitaux européens. D'autres scénarios sont envisageables, cinq sont présentés dans le document de travail.
Pour accélérer la montée en charge de la France et de l’Europe, les réformes prioritaires sont (1) d’assouplir le marché du travail par davantage de flexibilité et un effort de formation, et (2) de fluidifier la réallocation du capital des activités déclinantes vers les acteurs qui adoptent l’IA. Ces acteurs peuvent se trouver dans des activités déclinantes car il n’y a jamais de secteurs condamnés dès lors qu’ils savent se réinventer. L’enjeu d’ensemble est donc de laisser jouer, voire accélérer, la dynamique schumpétérienne de destruction créatrice.