Focus
Perspectives économiques à moyen terme
Positif sur le plan de la décarbonation domestique, le bilan climatique de la France s'avère plus mitigé lorsqu'on l'élargit à son empreinte carbone globale, en recul de seulement 20% depuis 1990. La France ne maîtrise pas les émissions qu'elle importe de zones bien plus intensives en carbone que sa production nationale, et l'objectif de zéro émission nette sur son territoire suppose un effort d'investissement dont le coût est exponentiel. Les derniers 20% d'émissions à résorber mobilisent en effet autant de ressources que les premiers 80% réunis, soit plus de 80Md€ supplémentaires par an. Cet effort, confronté aux contraintes réelles des acteurs économiques (entreprises, ménages, Etat), appelle une approche plus efficace. Rexecode propose une stratégie aussi ambitieuse que la SNBC3 mais qui ramènerait le besoin d'investissement supplémentaire à environ 35Md€ par an en se fondant sur trois piliers: l'optimisation économique de la trajectoire de décarbonation, la réindustrialisation bas-carbone, et les mécanismes de projets internationaux prévus par l'Accord de Paris.
La crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, puis les tensions persistantes au Moyen-Orient, ont brutalement rappelé à quel point la dépendance aux énergies fossiles importées constitue un risque économique et géopolitique de premier ordre. Ces secousses répétées renforcent l'urgence d'une accélération de la transition énergétique, tout en soulignant les limites d'une approche qui définirait des objectifs climatiques sans les ancrer dans une stratégie économique cohérente.
Le bilan climatique de la France des trente dernières années est mitigé. Les émissions territoriales ont certes baissé de 33% depuis 1990, grâce aux apports historiques de l’électricité nucléaire, à de forts gains d'efficacité énergétique en particulier dans l’industrie, et plus récemment au développement des énergies renouvelables. Mais elles ont aussi diminué sous l'effet de la désindustrialisation. Ainsi, les émissions importées nettes ont augmenté de 40% sur la même période, si bien que l'empreinte carbone réelle de la France, et donc sa contribution aux émissions mondiales, n'a reculé que de 20%.
Depuis 1990, les émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français ont diminué de 33% mais les émissions importées nettes ont augmenté de 40%
Ce résultat illustre les limites d'un raisonnement trop centré sur les émissions territoriales. Par ailleurs, en soutenant le déploiement des solutions bas-carbone sans donner une importance équivalente au développement d’une offre de production locale, la France et l'Europe ont contribué au succès des stratégies industrielles étrangères, en particulier chinoises, manquant ainsi la captation des bénéfices économiques de la transition.
La proposition de Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) intègre pour la première fois un objectif explicite de réduction de l'empreinte carbone, reconnaissant ainsi la nécessité d'aller au-delà du seul périmètre territorial. Cette orientation mérite d'être prolongée et renforcée, en inscrivant pleinement la stratégie dans les mécanismes et contraintes macroéconomiques qui gouvernent les décisions des entreprises, des ménages et de l'État, ainsi que dans la dimension internationale des enjeux climatiques et industriels.
La trajectoire actuelle suppose un effort d'investissement supplémentaire de l'ordre de plus de 80 milliards d'euros par an, soit 2,5 à 3% du PIB. La relation entre objectif visé et montant d’investissement nécessaire est en effet structurellement exponentielle: notre rapport documente pour la première fois cette non-linéarité, en montrant que les derniers 20% de réduction d'émissions visés mobilisent autant de moyens que les premiers 80%.
Les derniers 20% de réduction des émissions de GES nécessaires pour atteindre la neutralité carbone mobilisent autant de ressources que les premiers 80% réunis.
Or, cet effort se heurte à des contraintes simultanées pesant sur les trois acteurs de l'économie que sont les ménages, les entreprises et l'Etat. Les ménages font face à des horizons de rentabilité longs (de quelques années pour les véhicules à près de vingt ans pour le logement) et à une asymétrie sociale marquée: les ménages ruraux et périurbains sont ceux à qui la transition demande les efforts les plus lourds. Les entreprises, dont les marges sont déjà comprimées par une pression fiscale, réglementaire et énergétique élevée, doivent parfois arbitrer entre investissements de décarbonation et autres investissements productifs. L'État, enfin, présente un déficit public dépassant 5% du PIB et une dette à 115% du PIB: ses marges de manœuvre sont épuisées.
Face à ce diagnostic, notre rapport ne propose pas de renoncer à l'ambition climatique, mais de la reformuler autour de trois piliers complémentaires.
1- L'optimisation économique de la trajectoire: en concentrant l'effort sur les gisements à plus faible coût d'abattement, le besoin d'investissement supplémentaire peut être réduit de plus de moitié, moyennant une révision de l'objectif de réduction territoriale en 2050 qui n'affecte pas la contribution climatique mondiale de la France, grâce au troisième pilier.
2- La réindustrialisation bas-carbone: la France dispose d'atouts lui permettant de développer des productions domestiques bas-carbone en substitution des importations carbonées, réduisant son empreinte tout en renforçant sa compétitivité et en développant une offre de solutions aujourd'hui largement captée par la Chine. Cela suppose toutefois de lever les freins structurels à la réindustrialisation, dans trois registres complémentaires: l'allègement de la fiscalité pesant sur le travail et le capital productif, la simplification des procédures réglementaires et des délais d'autorisation, et le renforcement des dispositifs publics de soutien à l'investissement. Des premiers pas ont été accomplis, qu'il s'agisse des baisses d'impôts de production, de la loi industrie verte ou des crédits d'impôt à l'investissement, mais ces avancées restent insuffisantes au regard de l'urgence : l'ambition et le rythme doivent être sensiblement amplifiés.
3- La mobilisation des mécanismes de projet internationaux, prévus par l'Accord de Paris, qui permettent de financer des réductions d'émissions là où elles sont accessibles à moindre coût, pour une contribution certifiée à l'étranger de l'ordre de 30 à 40 MtCO2 par an d'ici 2050, créant ainsi des débouchés pour les industries françaises en démultipliant le bénéfice climatique de chaque euro investi.
Tout aussi ambitieuse que la SNBC 3 sur le plan climatique, notre stratégie réduit le besoin d'investissements supplémentaires de 80 à environ 35 milliards d'euros
Cette approche élargie permet d'atteindre une contribution mondiale plus ambitieuse ou pour le moins équivalente à celle visée par la SNBC 3, pour un besoin d'investissement supplémentaire ramené à environ 35 milliards d'euros par an contre plus de 80 milliards dans le scénario actuel. Elle constitue le fondement d'une stratégie climatiquement plus efficace, économiquement plus résiliente et politiquement plus acceptable.
Presse
Documents de travail
Réunions de conjoncture économique et financière
Presse
Documents de travail
Réunions de conjoncture économique et financière