Focus
Perspectives économiques à court terme
La France mobilise moins ses jeunes sur le marché du travail que ses voisins d'Europe du Nord. Or, se rapprocher des meilleurs élèves européens en matière de quantité de travail des 15-24 ans lui permettrait de renforcer le potentiel de croissance de son économie, et favoriserait l'insertion et la mobilité sociale. Il faut pour cela s'attaquer aux deux principaux facteurs qui jouent en sa défaveur: un taux préoccupant de jeunes "ni en emploi, ni en études, ni en formation" (NEETs) et un faible cumul entre études et activité professionnelle. Nous explorons plusieurs leviers: facilitation du temps partiel, valorisation des jobs étudiants dans l'enseignement supérieur, réformes touchant l'apprentissage, l'orientation, l'éducation.
La France travaille moins d’heures par an et par habitant que presque tous les autres pays européens. Cet écart s’explique d’abord par une sortie plus précoce du marché du travail des seniors. Mais il tient aussi au fait que la quantité de travail des jeunes âgés de 15 à 24 ans est inférieure en France à celle observée dans d’autres pays, au Nord de l'Europe en particulier. En la matière, la France se situe certes dans la médiane haute des pays européens, mais elle dispose de marges de progression importantes et pourrait se rapprocher des meilleurs élèves de l'UE en agissant sur les deux principaux facteurs à l'origine de l'écart.
• Les jeunes français sont plus fréquemment "ni en études, ni en emploi, ni en formation" (NEETs). On recense 880.000 jeunes NEETs en France, soit 11% des 15-24 ans, le 4ème taux le plus élevé de l'UE. Converger vers la moyenne européenne représenterait 125.000 emplois supplémentaires, 260.000 en s’alignant sur l’Allemagne, et jusqu'à 580.000 emplois en s'alignant sur les Pays-Bas.
Le profil des jeunes NEETs, qui concentrent les risques d’exclusion professionnelle et sociale, est un révélateur des inégalités socio-économiques que le système éducatif peine à corriger.
• Les étudiants français sont moins nombreux à cumuler emploi et études (alternance, stages, jobs étudiants). Un quart des 15-24 ans travaillent en poursuivant des études en France, contre les trois-quarts aux Pays-Bas. Cela fait un écho au moindre recours au temps partiel en France où il ne concerne que 7% des 15-24 ans, contre 52% au Pays-Bas, et 11% en moyenne européenne.
Favoriser le travail des jeunes, sous des formes adaptées, emporte des bénéfices multiples: création de richesse, financement des études, insertion sur le marché du travail, mobilité sociale.
Plusieurs pistes visant à réduire le taux de NEETs, qui est le point le plus préoccupant, et à augmenter le cumul emploi-études, méritent d'être explorées.
• Faciliter l'emploi à temps partiel des étudiants en supprimant le plancher de 24 heures qui s’applique aux employeurs.
• Valoriser le travail durant les études par la validation d’un module "job étudiant" donnant droit à des crédits ECTS ou des bonus de note.
• Maximiser l’impact de l’apprentissage sur l’employabilité des jeunes, notamment ceux les plus éloignés de l’emploi.
• Repenser la politique d’orientation.
• Plus fondamentalement, la France devra prendre à bras le corps la crise de la performance éducative dès le primaire.