Le pôle Energie-Climat publie sa mise à jour trimestrielle des prévisions d'émissions de gaz à effet de serre pour la France. La prise en compte des données météorologiques et d'activité économique les plus récentes conduit à réviser légèrement à la baisse notre estimations pour 2025, désormais à -0,8% par rapport à 2024. Ce recul reste très en deçà des objectifs de la Stratégie Nationale Bas-Carbone.

Nos projections du premier trimestre 2026 portent les émissions nationales françaises (hors UTCATF – usage des terres, changements d’affectation des terres et forêts) à 364,2 MtCO2e en 2025, contre 367,0 MtCO2e en 2024, soit une baisse de -0,8% sur un an.

Cette nouvelle estimation révise légèrement à la baisse notre précédente prévision de décembre 2025, qui anticipait une baisse encore plus modérée (-0,5%). Cette révision s'explique principalement par l'intégration des données météorologiques définitives pour l'ensemble de l'année 2025 et par la prise en compte des révisions des données d'activité économique, notamment industrielle.

Les émissions françaises auraient baissé de 0,8% en 2025 quand la SNBC révisée table sur des réductions d'environ 5% par an en moyenne sur la période 2022–2030

La tendance de fond reste préoccupante: avec certes une croissance du PIB de l'ordre de +1% en 2025, la baisse des émissions se poursuit mais à un rythme très insuffisant au regard des objectifs climatiques nationaux. La SNBC révisée table en effet sur des réductions d'environ 5% par an en moyenne sur la période 2022–2030.

France - Estimations mensuelles et prévision des émissions de gaz à effet de serre  en 2025 et au 1er trimestre 2026  (calculs et graphique Rexecode, mars 2026)

Des dynamiques sectorielles contrastées sur l'année 2025

Bâtiments (+4,2%)

Ce secteur constitue le principal point de vigilance. Nos estimations révisées font apparaître un rebond des émissions à environ 58 MtCO2e en 2025, contre 56 MtCO2e en 2024. Les températures plus froides qu'en 2024, désormais bien documentées sur l'ensemble de l'année, expliquent l'essentiel de ce retournement. Les températures minimales mensuelles ont été en moyenne inférieures de 0,3°C en 2025, et surtout inférieures de 1,6°C les trois premiers mois de l’année et de 0,3°C les trois derniers mois, quand le besoin de chauffage est le plus important. Ces températures plus froides entrainent une consommation accrue d’énergie, notamment fossile. Les gains d'efficacité énergétique liés aux rénovations et à la modernisation des systèmes de chauffage ne suffisent pas à absorber l'effet de rigueur météorologique. Ce résultat illustre la forte sensibilité des émissions du secteur aux aléas météorologiques à court terme.

Industrie manufacturière (-5,2%)

C'est le secteur qui, d’après nos estimations, contribuerait le plus à la baisse des émissions en 2025. Elles seraient de 58,2 MtCO2e après 61,4 MtCO2e en 2024. La décarbonation industrielle se poursuit, portée par les investissements dans l'efficacité énergétique et la substitution énergétique, mais aussi par un contexte de production en volume peu dynamique. 

La production industrielle a légèrement progressé sur l’année 2025 (+0,4% pour l’industrie manufacturière dans son ensemble) mais elle a sensiblement reculé dans certains secteurs intensifs en énergie: chimie (-3,3 %), minéraux non métalliques (-3,6 %), et métallurgie (-1,4 %). La révision à la baisse des estimations d'activité économique pour les branches industrielles contribue à amplifier légèrement ce résultat par rapport à notre précédente publication.

Transports (-0,9%)

La baisse des émissions reste modeste, à 123,6 MtCO2e en 2025 contre 124,7 MtCO2e en 2024. L'électrification du parc automobile progresse, mais son effet agrégé demeure limité par la faible part des véhicules 100% électriques dans le parc en circulation (un peu plus de 3% fin 2025). Les données d'usage des véhicules, révisées pour tenir compte des comportements effectifs de mobilité, conduisent à une estimation légèrement plus basse que celle de décembre.

Agriculture (-1,2%) 

Le secteur afficherait une baisse contenue des émissions, à 75,6 MtCO2e en 2025 contre 76,5 MtCO2e en 2024, liée à la réduction des cheptels bovins et à une rationalisation progressive de l'usage des intrants azotés. Peu de données nouvelles ont été publiées, ce qui explique que notre estimation reste stable d'une publication à l'autre.

Industrie de l'énergie (+0,4%)

Les émissions de ce secteur sont quasi stables à 33,2 MtCO2e. La poursuite de la baisse des émissions de la production électrique, déjà à un niveau très faible grâce au parc nucléaire et à celui des énergies renouvelables, est en partie compensée par les émissions liées à la production centralisée de chaleur qui ont été un peu plus importantes du fait de températures moins clémentes.

Climat Prévisions émissions GES 2024 2025 CITEPA Rexecode, 03/2026 (tableau Rexecode)

Vers un baisse plus sensible des émissions en 2026?

Nos premières estimations provisoires pour les premiers mois de 2026 indiquent une baisse plus sensible des émissions (de l’ordre de 5% par rapport aux trois premiers mois de 2025), notamment à la faveur de températures plus clémentes qu’au premier trimestre 2025 (+1,2°C en moyenne pour les températures minimales). 

Ces données de début d’année ne permettent pas de se prononcer avec certitude pour l'année entière mais, si cette tendance se confirmait sur l'ensemble de l'année 2026, elle marquerait une accélération bienvenue de la décarbonation, davantage en ligne avec les objectifs de la SNBC. 

En passant par un vif renchérissement des carburants, la répercussion du conflit en Iran pourrait aussi occasionner une baisse des déplacements qui viendraient limiter les émissions du secteur du transport.