Focus
Perspectives économiques à court terme
Avec un objectif de déficit de 5% du PIB, il est clair que le projet de budget 2027 ne permettra pas de calmer les tensions sur la dette française. Si un rééquilibrage brutal des comptes publics s'avérait nécessaire, l'expérience du Portugal montre qu'il devrait s'accompagner d'une stratégie de croissance fondée sur nos avantages comparatifs. Parmi les nombreux atouts de la France, une épargne abondante, détenue principalement par les citoyens plus âgés. Pour la mobiliser à destination des défis futurs, Denis Ferrand propose notamment qu'un Plan épargne dépendance prenne le relais du Plan épargne retraite.
L'épouvantail de la dette effraie-t-il encore ? En 2011, alors que l'écart de taux sur les obligations d'Etat à 10 ans entre la France et l'Allemagne culminait à 190 points de base et que montait la crainte de la perte de notre triple A, un tournant fiscal majeur fut amorcé jusqu'à prendre la forme d'une très impopulaire hausse de 1,6 point de la TVA votée en loi de finances rectificative quelques semaines avant la présidentielle de 2012. Mesure adoptée, mais jamais mise en œuvre car abrogée avec le changement de majorité.
Quinze ans plus tard, alors que le poids de la dette s'est accru de plus de trente points de PIB, que le même spread tangente les 150 points de base et que le coût d'une assurance contre le risque de défaut d'un titre public à 5 ans a doublé en l'espace d'un mois, aucune réponse budgétaire de même ampleur qu'en 2012 n'est même dans le débat. Le projet de loi de finances est présenté avec un déficit à nouveau de 5% du PIB et les dépenses publiques en valeur en hausse d'environ 40 milliards d'euros l'an prochain.
Pourtant, les expériences antérieures d'ajustement budgétaire conduites à la suite de la crise des finances publiques dans les pays du sud de l'Europe nous ont appris deux choses.
(1) Il est toujours préférable de traiter à froid plutôt que dans l'urgence les corrections budgétaires devenues indispensables quand la dérive de la dette n'est pas endiguée.
(2) Si un traitement de cheval doit être administré, il faut l'accompagner d'une stratégie économique à même de rebâtir des conditions d'une croissance ultérieure.
Le cas portugais est emblématique. Le violent rééquilibrage des comptes publics intervenu de 2011 à 2015 s'est accompagné d'une stratégie de développement de l'économie reposant sur l'attractivité des revenus des ménages, notamment retraités, du nord de l'Europe. Cette combinaison de purge budgétaire et de réorientation économique aboutit à ce que, quinze ans après le choc d'austérité connu par le pays, son PIB par habitant est plus proche du nôtre qu'il ne l'était avant le choc. Cette stratégie a reposé sur une compréhension claire des avantages comparatifs du Portugal.
De quels avantages comparatifs peut se prévaloir la France ? Ils sont nombreux et divers. Ils renvoient notamment à l'avantage de disposer d'une source d'énergie relativement peu chère et décarbonée. Ils tiennent aussi au formidable développement de l'esprit d'entreprise et aux marges d'augmentation de la quantité de travail dont nous disposons. Ils se nichent également dans une épargne abondante, mobilisable pour le développement de l'activité productive.
Cette dernière est de plus en plus le fait des générations les plus âgées. Le pic du patrimoine financier des ménages est désormais atteint à plus de 70 ans contre 55 ans à la fin des années 1990. Or, à l'image d'une enquête de l'AFG sur le sujet spécifique de l'épargne-retraite d'entreprise collective, la part des actifs risqués, principalement les actions, recule dans le mix financier au fur et à mesure de l'avancement en âge.
Avec la transformation des plans d'épargne-retraite en outil de rente ou en versement de capital au moment de la liquidation de cette dernière, c'est un outil d'activation de l'épargne individuelle qui s'amoindrit.
Pourquoi ne pas créer un plan d'épargne dépendance qui viendrait prendre le relais du Plan d'épargne retraite?
A l'âge de 65 ans, le risque statistique de l'entrée en dépendance est encore lointain, de l'ordre de 15 ans, c'est donc un horizon de temps suffisamment long pour inciter à la prise de risque sur des produits de fonds propres à même de soutenir l'activité économique avant d'apporter une réponse à un risque mal couvert qu'est celui de la dépendance.
En sus de l'accélération des donations qui permettait une plus grande rotation du capital, rendre plus active l'épargne à tout âge de la vie peut s'avérer un bon levier d'alignement des intérêts des différentes générations et de répondre à la crispation autour d'un conflit intergénérationnel qui sourd.
Chronique de Denis Ferrand parue dans Les Echos du 8 octobre 2026
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