Pour les dirigeants de PME et TPE interrogés début mai, le conflit au Moyen-Orient constitue d'abord un choc de coût sur leurs approvisionnements, énergétiques principalement. Clairement ressenti, ce choc ne semble affecter ni leur jugement sur la situation de trésorerie, proche de son point bas observé début 2025, ni sur ses perspectives d’évolution qui se redressent modestement, tandis que les intentions d'investissement tiennent bon. Le second focus de ce baromètre, révèle que l'adoption de l'IA concerne une large majorité de PME/TPE, même si elle encore peu structurée et que ses impacts sur la rentabilité ou les effectifs sont moins immédiats qu'attendus d'ici 2030.

Le conflit au Moyen-Orient est d'abord un choc de coût

Interrogées spécifiquement sur le sujet du conflit iranien début mai, 62% des TPE-PME observent déjà des conséquences négatives du conflit au Moyen-Orient sur leur trésorerie ou leurs résultats. 25% de TPE-PME font état d’un impact fort, et 15% des TPE-PME exposées au conflit estiment ne pas avoir suffisamment de trésorerie pour absorber le choc.

Assez hétérogènes selon les secteurs d’activité, les répercussions du conflit consistent principalement en une hausse des coûts des approvisionnements, des matières premières énergétiques essentiellement, selon les deux-tiers des TPE-PME affectées, mais aussi de ceux des intrants non énergétiques pour 32% d’entre elles. 

Cet impact s'observe dans les questions récurrente du baromètre: 

57% des PME/TPE rencontrent désormais des difficultés d’approvisionnement (hausse des coûts, délais de livraison, etc.), +22 points par rapport à janvier 2026. En dépit de cette forte hausse, on est encore loin du pic de 78% atteint à l’été 2022, au cœur de la crise énergétique. 

32% citent les coûts et prix trop élevés comme l’un des principaux freins à leur croissance, soit une hausse de +10 points sur le trimestre. Le pic observé lors de la crise énergétique était de 42% (en moyenne entre mi-2022 et mi-2023). Parmi les autres freins à la croissance, les contraintes de demande se relâchent légèrement mais demeurent, de loin, le principal frein, cité par 61% des répondants.

Les perspectives de trésorerie et d'investissement résistent

La trésorerie des TPE-PME s’est tendue au cours des 3 derniers mois, sans connaître de choc brutal. L’indicateur relatif à l’évolution récente de la trésorerie est en baisse de 3 points sur le trimestre et de 2 points sur un an. À −28, il atteint certes un plus bas depuis le lancement du baromètre en 2018, mais reste proche du niveau observé début 2025 (−27). La tension sur les coûts ne semble affecter ni le jugement sur la situation courante de trésorerie des TPE-PME, ni les perspectives d’évolution, qui se redressent modestement. La part de TPE-PME connaissant une situation de trésorerie difficile (34%) est globalement stable depuis un an. L’indicateur sur l’évolution de la trésorerie anticipée au cours des 3 prochains mois progresse même à nouveau (+2 points, à −17) et s’approche doucement de sa moyenne 2018-2025 (−15). Une explication est à rechercher dans l’observation qu’une majorité des TPE-PME qui subissent des hausses de coût comptent les répercuter, au moins partiellement, dans leurs prix de vente.

Les intentions d’investissement tiennent bon, après le rebond observé début 2026. 46% des dirigeants ont investi ou comptent investir cette année. Cette proportion est en hausse de 1 point sur le trimestre et sur un an mais demeure plus faible qu’en moyenne depuis 2018 (53%). Le solde d’opinion sur les montants investis se replie légèrement (−5 points, à −21), sans effacer complètement le rebond enregistré au trimestre précédent. Il reste bien au-dessus du niveau observé fin 2025 (−29) mais s’établit sensiblement sous sa moyenne 2018-2025 (−8).

L'adoption de l'IA les PME/TPE

La majorité des TPE-PME utilise l’intelligence artificielle (IA), générative ou non: 58% des TPE-PME ont recours à l’IA, dont près de la moitié quotidiennement. Le marketing et les ventes sont de loin le principal domaine d’application de l’IA, avec près de la moitié des TPE-PME l’utilisant à ces fins. Une majorité des usages sont effectués à l’initiative de collaborateurs, sans qu’il n’existe de cadre formalisé / structuré au sein de l’entreprise. 

L'impact actuel de l'IA est globalement perçu comme positif, d'abord pour la productivité des salariés, et dans une bien moindre mesure pour la rentabilité et la compétitivité de l'entreprise. Ainsi, à ce stade, la grande majorité des entreprises ne voit pas encore d’impact de l’IA sur leur chiffre d’affaires (légèrement haussier au global tout de même). Du côté des effectifs, l’impact de l’IA est jugé légèrement baissier. L'impact positif est ressenti plus nettement du côté de la productivité des salariés: 43% des dirigeants de TPE-PME déclarent une amélioration liée à l’utilisation de l’IA (contre 1% une baisse). Près de 20% déclarent déjà observer un effet positif sur la rentabilité de l’entreprise et la compétitivité des produits ou services (et quasiment aucun effet négatif perçu). 

Les impacts de l’IA seraient amplifiés à horizon 2030. Les dirigeants sont beaucoup plus nombreux à escompter des effets positifs de l’IA sur leur chiffre d’affaires, la rentabilité de leur activité, la compétitivité de leur entreprise et la productivité des salariés que ce qu’ils observent aujourd’hui. Ces effets positifs, observés comme anticipés, sont plus élevés lorsque les usages de l’IA au sein de l’entreprise sont déjà structurés. Les TPE-PME s’attendent en revanche à un effet négatif plus important sur les effectifs à horizon 2030: 18% anticipent une baisse contre 6% une hausse (contre respectivement 6% et 1% pour l’impact actuel).

Le principal frein à l’adoption de l’IA est de loin la difficulté pour les TPE/PME à identifier des cas d’usages pertinents pour l’entreprise, cité par 54% des répondants. C’est un obstacle logiquement plus puissant chez les TPE-PME n’utilisant pas ou peu l’IA. Le manque de temps et le manque de ressources humaines ou de compétences en interne sont les deux autres principaux freins cités, là aussi plus particulièrement par celles n’ayant pas recours à l’IA. 

Les TPE-PME ayant déjà des usages structurés de l’IA s’inquiètent principalement des mauvais usages possibles de l’IA et/ou que l’IA n’affecte la capacité à raisonner de leurs collaborateurs (cité par respectivement 38% et 30% d’entre elles).