Focus
Perspectives économiques à court terme
Denis Ferrand a livré dans une grande interview à Wansquare sa vision de l'année économique 2026 en France et dans le monde. Dans ce premier extrait, il revient sur les perspectives présentées fin 2025 aux adhérents de Rexecode pour les grands pays de la zone euro. Face aux aléas mondiaux, la résilience de la croissance en France, Italie et Espagne ne saurait masquer les faiblesses de ces économies. L'Allemagne s'engage quant à elle dans une relance dont il ne faut pas surestimer les effets à court terme.
Dans un environnement international marqué par une instabilité géopolitique et financière majeure, l’activité économique a fait preuve d’une relative résistance en 2025 en France et dans la zone euro. Ce serait à nouveau le cas en 2026. Dans le scénario de Perspectives 2026-2027 présenté aux adhérents de Rexecode en décembre 2025, nous retenons que la croissance se maintiendrait globalement à un rythme proche de son potentiel.
En France, alors que l’incertitude politique et budgétaire est à un sommet, l’activité continue de progresser. Cette résistance englobe des composantes traditionnellement sensibles au climat d’incertitude tel que l’investissement des entreprises qui amorce même un léger redressement. L’effort d’investissement prend désormais un caractère plus structurel dans un environnement concurrentiel intensifié. La poursuite de la digitalisation des processus de production et de la modernisation de l’appareil productif est ainsi l’explication principale de la bonne tenue de l’investissement en 2025. Ce serait encore le cas en 2026.
Ce scénario central pour la France demeure toutefois exposé à des risques asymétriques. En particulier, la matérialisation d’un choc fiscal, dont les prémices apparues en 2024 et accentués en 2025, pourrait constituer un facteur de rupture, susceptible d’affecter simultanément l’activité et l’emploi. À politique budgétaire inchangée, le maintien d’une croissance proche du potentiel ne saurait être tenu pour acquis.
En Allemagne, l’année 2026 marquerait un point d’inflexion, un pivot vers une politique budgétaire plus expansionniste étant envisagé. Le pays dispose de marges de manœuvre budgétaires significatives. Néanmoins, la tradition de prudence fiscale et les délais de mise en œuvre des programmes d’investissement laissent attendre un écart au moins temporel entre les montants annoncés et les dépenses effectivement exécutées. L’impact macroéconomique du tournant budgétaire allemand ne doit donc pas être surévalué à court terme mais il culminerait plutôt à l’horizon 2027-2028.
S’agissant de l’Espagne, la vigueur apparente de la croissance doit être interprétée avec prudence. Les performances agrégées sont largement tirées par une dynamique démographique exceptionnelle, liée à des flux migratoires massifs. Rapportée à la population en âge de travailler, la croissance du PIB par tête apparaît comparable à celle observée en France. L’augmentation du PIB total ne s’accompagne pas d’une amélioration marquée du revenu par tête. La dynamique de productivité par emploi reste d’ailleurs en Espagne inférieure à celle de la moyenne de la zone euro.
En Italie, le rebond observé à la suite de la crise sanitaire relève davantage d’une parenthèse conjoncturelle que d’un changement de régime. Il s’explique principalement par les financements exceptionnels du plan Next Generation EU et par des dispositifs nationaux de soutien, en particulier le superbonus dans le secteur du bâtiment. Ces moteurs reposent essentiellement sur des transferts publics et des effets d’aubaine, sans impact avéré et durable sur la productivité ou la compétitivité. Faute de réformes structurelles visant la modernisation de l’appareil productif, la réduction des fractures territoriales et la restauration d’une dynamique d’investissement autonome, l’économie italienne s’expose à un retour vers la stagnation qui la caractérise depuis le début des années 2000.
Au total, pour l’ensemble de la zone euro, la reproduction à l’identique en 2026 de la croissance de 2025 serait déjà une performance.
> L'intégralité de l'entretien, est parue dans Wansquare le 6 janvier 2025 sous le titre "L'année 2026 vue par...Denis Ferrand"
> Voir aussi en vidéo : Économie française : quelles perspectives en 2026 ? L'analyse de Denis Ferrand, Denis Ferrand était l'invité d'Anne-Emmanuelle Isaac dans Points de Vue sur la chaine du Figaro le 6 janvier
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Synthèse conjoncturelle hebdo
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