Rexecode relève sa prévision de baisse des émissions françaises pour 2026, de 2,4% à 3,4%. Les transports et l'industrie expliquent l'essentiel de cette révision: la consommation de gazole recule nettement depuis le début de l'année, avant même la hausse de son prix au printemps, et la production industrielle a ralenti ; la production d'électricité à partir de gaz, en hausse cet été, en compense une partie.

Le pôle Énergie-Climat a mis à jour ses prévisions d'émissions de gaz à effet de serre (GES) pour la France. D'après ses analyses par grands secteurs émetteurs, les émissions françaises (hors UTCATF) s'établiraient à 348,7 MtCO2e en 2026, contre 361,0 MtCO2e en 2025, soit une baisse de 3,4% sur un an. En juillet 2026, nous attendions une baisse de 2,4%.

Compte tenu des aléas de température et d'activité d'ici la fin de l'année et de l'erreur propre au modèle, cette prévision est encadrée par une fourchette large de 341 à 356 MtCO2e, soit une baisse comprise entre 1,4% et 5,5%. Elle repose sur les déterminants observés depuis le début de l'année: jusqu'en août pour la production industrielle et la consommation de carburants, jusqu'en septembre pour la production d'électricité et les températures. L'essentiel de la fourchette tient à l'écart propre au modèle, qui estime les émissions à partir de leurs déterminants. Les températures et l'activité des quatre derniers mois n'en représentent qu'une part minoritaire.

Une baisse plus forte qu'attendu en juillet, portée par les transports et l'industrie

La baisse attendue entre 2025 et 2026 atteint désormais 12,3 MtCO2e, contre 8,7 MtCO2e en juillet, soit 3,6 MtCO2e de plus. Les transports y contribuent pour 3,3 MtCO2e et l'industrie manufacturière pour 1,3, soit davantage que la révision d'ensemble. Les déchets et les bâtiments y ajoutent chacun quelques dixièmes de MtCO2e, quand l'industrie de l'énergie et l'agriculture la réduisent de 1,8 et 0,3 MtCO2e, la baisse attendue y étant moins forte qu'en juillet, et même changée en hausse pour l'industrie de l'énergie, sous l'effet de la production d'électricité à partir de gaz cet été.

France - Variation des émissions de gaz à effet de serre entre 2025 et 2026 prévue en juillet et en octobre 2026  (pôle Climat de Rexecode, 01/10/2026)

Dans les transports, la consommation de gazole, que nous mesurons par les livraisons de carburant sur le marché français, qui approchent les quantités consommées, a confirmé de mai à août le repli du début d'année :−8,8% sur un an. Sur les 8 premiers mois de l'année 2026, la consommation de gazole recule de 7,6%, quand celle d'essence progresse de 0,6%. 

Le repli est d'ampleur comparable avant et après la hausse des prix. Il a été de −7,6% en janvier-février, quand le gazole se vendait à la pompe au prix de 2025 (−3%), et de −7,7% de mars à août, quand il se vendait 32% plus cher qu'un an plus tôt. La hausse des prix n'est donc pas, à ce stade, le principal ressort du recul du gazole qui tient aussi au renouvellement du parc, à l'activité du transport de marchandises et, possiblement, à des pleins faits à l'étranger, que les livraisons en France ne retracent pas.

Dans l'industrie manufacturière, la production a ralenti: sa hausse sur un an n'est plus que de 0,7% sur les 8 premiers mois, contre 1,8% sur les 4 premiers mois connus en juillet, et les minéraux non métalliques reculent de 3,3%.

Cette édition intègre aussi une révision du modèle, qui abaisse le niveau de toute la série, années passées comprises: l'industrie manufacturière s'appuie désormais sur les émissions déclarées au système européen de quotas, l'aérien sur le trafic intérieur de passagers, et les déchets ainsi que la climatisation suivent plus fidèlement la méthode de l'inventaire. 2025 est estimée à 361,0 MtCO2e, contre 365,5 en juillet, ce qui la rapproche de l'estimation du Citepa (359,4 MtCO2e). Pour les 3 premiers mois de 2026, le Citepa estime dans son baromètre mensuel une baisse de 4,8% sur un an. L'estimation de Rexecode pour les mêmes mois est de 4,4%.

Depuis 2019 (439 MtCO2e), les émissions auraient reculé de 21%. En 2026, elles seraient proches de la part annuelle indicative que fixe le décret du 16 juillet 2026 relatif à la stratégie nationale bas-carbone (348 MtCO2e). La trajectoire se durcit ensuite :atteindre 276 MtCO2e en 2030 demanderait une baisse de 5,7% par an de 2027 à 2030.

Les émissions par secteurs en 2026

• Transports (118,4 MtCO2e, −4,6%)

Premier poste d'émissions et premier contributeur à la baisse cette année (−5,8 MtCO2e), sous l'effet du recul des consommations de gazole.

• Bâtiments (51,4 MtCO2e, −7,1%)

Le recul le plus marqué en proportion. L'hiver 2026 a été plus doux que celui de 2025 (−11% de degrés-jours de chauffage de janvier à septembre), ce qui retire environ 2,5 MtCO2e;la poursuite de la décarbonation du chauffage, montée des pompes à chaleur et recul du fioul et du gaz, en retire environ 1,4. Un automne doux ramènerait les émissions du secteur à 50,0 MtCO2e, un automne froid les porterait à 52,7 MtCO2e.

• Agriculture (74,4 MtCO2e, −1,3%)

La baisse prolonge la contraction du cheptel bovin et la tendance des apports d'engrais azotés observées depuis 2018.

• Industrie manufacturière (59,5 MtCO2e, −2,4%)

La production progresse peu, portée par la métallurgie (+2,3%), la chimie étant stable (+0,0%) et l'agro-alimentaire en recul (−1,4%). Les gains d'efficacité énergétique et la décarbonation du mix l'emportent sur ce léger surcroît d'activité.

• Industrie de l'énergie (31,7 MtCO2e, +1,5%)

La production d'électricité d'origine fossile progresse de 10% sur les 9 premiers mois de l'année. Elle reculait au premier semestre (−8%), mais les centrales à gaz ont tourné bien davantage de juillet à septembre (+92% sur un an), quand la production nucléaire (−6%) et hydraulique (−16%) reculaient et que les exportations se réduisaient. Les émissions du secteur progresseraient ainsi en 2026. Les données de juillet à septembre sont celles du temps réel de RTE, avant consolidation.

• Traitement des déchets (13,3 MtCO2e, −4,9%)

Recul lent et régulier, lié à la baisse du stockage et au captage du gaz de décharge. 

Les émissions par mois et par trimestre

France - Estimation des émissions trimestrielles de gaz à effet de serre  sur l’année 2026  (tableau Rexecode, 10/2026)

Par trimestre, les émissions évoluent de −4,4% au premier, −2,4% au deuxième, −3,6% attendu au troisième et −3,2% attendu au quatrième, par rapport au même trimestre de 2025. La plus grande part de la baisse vient des bâtiments au premier trimestre et des transports aux deuxième, troisième et quatrième trimestres. L'industrie de l'énergie la réduit aux deuxième et troisième trimestres.

La baisse des émissions s'accélère en 2026. Une part de cette accélération tient à des facteurs qui ne se reproduiront pas nécessairement, un hiver doux et un recul des consommations de gazole dont les ressorts restent à établir. La trajectoire à tenir ces prochaines années exige un rythme de baisse encore plus rapide.


La méthode

Nos estimations reposent sur une modélisation par secteur à partir de déterminants externes observés (production industrielle, températures, production d'électricité par filière, consommation de carburants, mesurée par les livraisons sur le marché français, trafic aérien, cheptels, apports azotés…). Depuis 2010, le modèle réplique le total national annuel du Citepa avec un écart absolu moyen de 0,7%. Au pas mensuel, l'écart absolu moyen sur le total national est de 2,3% depuis 2019, l'incertitude étant la plus forte pour l'industrie et les bâtiments. Le terme "estimation" désigne le passé récent et les mois déjà écoulés de l'année en cours, "prévision" les mois à venir. Les fourchettes combinent l'incertitude de température et d'activité sur les mois non encore observés et l'erreur mesurée du modèle en cours d'année.

Périmètre: France et Outre-mer inclus dans l'Union européenne, hors UTCATF.