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Documents de Travail (couverture)

Documents de travail

Les rapports publics pour le débat de politique économique

En accès libre, des documents de travail issus de travaux approfondis, principalement sur des questions de politique économique.

Voir aussi :

- Repères, des notes visant à nourrir le débat sur la politique économique et la transition écologique

- A Noter, des analyses succinctes sur un chiffre ou une question économique

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Enjeux économiques de la décarbonation en France: une évaluation des investissements nécessaires

- Document de travail N.83 (Mai 2022)

16/05/2022

La France est certes l’un des pays les moins émetteurs de gaz à effet de serre au monde et ses émissions diminuent, mais à un rythme insuffisant. Les perspectives globales et sectorielles du Pôle Energie-Climat montrent que les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) à horizon 2030 et au-delà ne pourront être atteints sans un important effort d’investissement supplémentaire, de l’ordre de 2,1% à 2,9% du PIB à par an d’ici 2030. Une planification écologique intégrant politiques climatiques et macroéconomiques sera indispensable.

Emissions de gaz à effet de serre "tendancielles"  et trajectoire de la SNBC

Comment et à quel coût la France peut-elle conjuguer objectifs climatiques, ambition économique et contraintes budgétaires, autrement dit, résoudre le dilemme des émissions en accélérant la transformation de l'économie et le découplage carbone/croissance ?

Le Pôle Energie-Climat présente de nouvelles perspectives d'émissions de gaz à effet de serre sur le territoire français à horizon 2030 et 2050, en combinant une approche sectorielle et une approche globale, afin de mesurer l'écart par rapport aux objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Sur cette base, il propose une estimation des investissements nécessaires pour remplir cet objectif climatique.

• En 2030, il resterait un écart de 39 à 55 millions de tonnes de CO2e par rapport à l'objectif de la stratégie bas carbone

Pour 2030, l’approche sectorielle par prolongation des tendances passées conduit à des perspectives d’émissions brutes (avant déductions des absorptions) de 365 millions de tonnes de CO2e. L’approche globale, basée sur un modèle simple combinant perspectives macroéconomiques, d'intensité énergétique et carbone, conduit à des émissions brutes de 349 millions de CO2e, en tenant compte des actions engagées dans les plans de relance et "France 2030".

Dans les deux approches, le point de passage de la SNBC pour 2030 (310 millions de tonnes de CO2e) est dépassé. Il faudra donc accélérer le découplage entre croissance et émissions pour une réduction supplémentaire des émissions de CO2e d’ici 2030 de l'ordre de 39 à 55 millions de tonnes. Pour 2050, l’écart augmenterait fortement (entre 102 et 180 millions de tonnes), mais la zone d’incertitude s’élargit.

• Un effort de 58 à 80 milliards d’euros d'investissements supplémentaires par an d'ici 2030

L'estimation des dépenses associées aux changements "physiques" à réaliser dans chaque secteur* (isolation, changement de véhicule, etc.), montre qu'au total entre 58 et 80 milliards d’euros (2,1% à 2,9% du PIB) d'investissement supplémentaires seraient à mobiliser chaque année d'ici 2030, par rapport aux investissements prévus dans nos perspectives macroéconomiques (hors mesures nouvelles). L'effort culminerait à 100 milliards (en euros constants) en 2040, avant une stabilisation progressive grâce aux économies induites par les investissements antérieurs.

Les dépenses d'investissement franchiraient une marche de +20% pour les ménages (isolation des logements, changement de véhicule) d'ici 2030 par rapport aux scénarios courants et de +10% pour les entreprises (obsolescence accélérée du capital productif, nouveaux process de production, renouvellement du parc automobile, adaptation des bâtiments).

• Planification écologique: visibilité à long terme, évaluations régulières et corrections

Au vu de l'effort de transformation et d’investissement à fournir par les divers acteurs, une démarche intégrant les instruments des politiques de décarbonation et l'évaluation de leurs conséquences économiques est nécessaire. Les coûts économiques et budgétaires de la tonne de carbone évitée devront faire l’objet d’évaluations régulières afin de combiner visibilité de long terme et corrections nécessaires. Il faudra aussi plus que jamais orienter massivement l’épargne privée vers l’investissement.

* Les investissements nécessaires dans 7 secteurs (bâtiment, transport routier, production d’énergie, décarbonation de l’industrie, décarbonation du secteur agricole, traitement des déchets, développement des puits de carbone) sont détaillés dans la seconde partie du document.

La compétitivité de la France se dégrade de nouveau en 2021 et sa désindustrialisation relative s'accentue

- Février 2022

15/02/2022

Les indicateurs de la compétitivité de la France à l'exportation, déjà en recul en 2020, se dégradent encore en 2021. La France semble renouer avec deux caractéristiques du recul de sa compétitivité au cours des années 2000. D’une part, les pertes de parts de marché à l’exportation vont de pair avec le recul relatif de l'industrie. D’autre part, le recul des parts de marché concerne quasiment toutes les catégories de produits manufacturés.

Part des exportations françaises de biens dans celles de la zone euro 2000-2021 (graphique)

• Déjà en recul en 2020, les indicateurs de la compétitivité, se dégradent encore en 2021

- Le déficit commercial a atteint un niveau record de 85 milliards d’euros en 2021, après 65 Md€ en 2020, selon les Douanes. Par rapport à l’avant-crise Covid, le déficit des échanges de marchandises s'est creusé de près de 27 Md€. Alors que le déficit de la balance énergétique a légèrement diminué, la dégradation est imputable aux produits manufacturés.

- Le déficit de l’ensemble des échanges de biens et services, s’est creusé de plus d’un point de PIB depuis 2019 (solde le plus complet estimé dans la comptabilité nationale).

- La part des exportations françaises dans celles de la zone euro est à son niveau le plus bas depuis 2000. La part française des exportations de biens et services est passée de 14,5% en 2019 à 13,7% en 2020 et 13,6% en 2021, soit un recul de 1,9 point depuis 2019. Ce recul, qui représente une perte de revenu de 51 Md€ en 2021 (environ 2 points de PIB), est entièrement imputable aux exportations de biens et concerne la quasi-totalité des catégories de produits manufacturés.

• La désindustrialisation relative de la France s'accentue, malgré une meilleure appréciation de son attractivité

La part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière française dans celle de la zone euro diminue de 14,7% en 2019 à 13,9% en 2021. Les pertes de parts de marché à l’exportation apparaissent ainsi fortement corrélées avec la désindustrialisation relative de la France par rapport à la moyenne européenne, et notamment relativement à l’Espagne et à l’Italie.

Les mesures de compétitivité-coût de la décennie 2010 (CICE, Pacte de responsabilité) ont contribué au léger redressement des parts de marchés sur la période 2017-2019. Les réformes du début de ce quinquennat privilégiaient l’attractivité (fiscalité du capital, droit du travail). Les enquêtes suggèrent que cet objectif est bien perçu par les acteurs internationaux mais les résultats n'en sont pas encore tangibles.

• Le classement des biens intermédiaires et d’équipement français sur des critères prix et hors prix se dégrade par rapport à 2019

Consacrée en alternance aux biens de consommation et aux biens intermédiaires, l'enquête Compétitivité auprès des grands acheteurs européens révèle cette année un recul quasi-généralisé du classement des biens intermédiaires et d’équipement français selon les divers critères d'appréciation "prix" et "hors-prix". Au fil des ans, les prix des produits français sont jugés parmi les plus élevés tandis que le rapport qualité-prix est considéré comme moyen voire médiocre.

Ce bilan 2021 montre que le redressement de la compétitivité de la France devrait être un objectif prioritaire du prochain quinquennat

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