L’insertion des entreprises dans des chaînes mondiales de production fait qu'un bien ou un service n’est que rarement fabriqué intégralement en France, même lorsqu'il sort d’un site de production français. Notre estimation du made in France dans les achats des Français montre qu'en 2024, sur 100€, 77,50€ rémunèrent du travail, du capital ou sont taxés en France, le reste étant produit à l’étranger. Ce chiffre était de 80,4€ en 2010. La bonne nouvelle est que le made in France progresse pour la deuxième année consécutive, la mauvaise est qu'il recule en tendance. Il est aussi plus faible que le made in Europe, lui même en retrait par rapport à la Chine et aux Etats-Unis. L'enjeu de la réindustrialisation reste majeur: une usine générant 1 Md€ de valeur ajoutée en France en induit le double dans l’ensemble de l’économie, chaque emploi industriel soutient 1,2 emploi additionnel dans un autre secteur. 

Le produire en France a pris une place centrale dans le débat de politique économique avec la montée en puissance des enjeux de souveraineté, de croissance économique, de création d’emploi, ou de décarbonation. Son objectivation est cependant rendue complexe par l’insertion des entreprises dans des chaînes mondiales de production. L’implantation juridique d’une entreprise en France ou la présence de sites de vente ou de production ne suffisent pas à caractériser une production française.

Le contenu de valeur ajoutée française d’un produit final, ou made in France, est la bonne métrique pour appréhender le degré de production française qu’il incorpore tout au long de sa production.

Nous estimons dans cette note, à partir des tableaux entrées-sorties internationaux d'Eurostat (base FIGARO, édition 2026, en valeur), le contenu en valeur ajoutée française de la demande intérieure finale, en tenant compte de la valeur ajoutée nationale incorporée à chaque étape de la production, y compris quand des composants importés incorporent eux-mêmes de la valeur ajoutée française. 

Sur cette base, la note examine (1) l'évolution du contenu en production domestique de la demande finale française au cours des dernières années, et en perspective avec celle des autres pays européens, (2) les évolutions par branche afin d’identifier les secteurs ayant le plus contribué aux transformations du contenu domestique de la consommation. Elle est complétée par des évaluations actualisées des effets d’entraînement du produire en France sur la valeur ajoutée, l’emploi, et son impact sur les émissions de gaz à effet de serre (GES).

A retenir:

•    En 2024, le made in France augmentait pour la deuxième année consécutive, poursuivant son redressement depuis le point bas de 2022.

•    Sur longue période, le made in France recule tendanciellement:  en 2024, un bien ou service acheté en France contient en moyenne 77,5% de made in France, contre plus de 80% quinze ans plus tôt.

•    Cette tendance baissière n’est pas uniquement française, elle est européenne et se retrouve chez nos principaux voisins, bien qu’elle soit plus marquée en France. A l’opposé, les Etats-Unis et la Chine renforcent leur made in.

•    Au niveau sectoriel, les parts de made in France sont hétéroclites en niveau et en tendance, mais au total, 80% des branches de l’économie française ont perdu en made in dans la demande finale française entre 2010 et 2024.

•    Depuis 2018, l’industrie manufacturière connait un redressement du made in France, évolution concordante à celle d’autres indicateurs (emploi, exportations, investissements) à mettre au crédit de l’amélioration des conditions d’attractivité permise par la baisse de la fiscalité des entreprises et du coût du travail, et par l’optimisation de certaines réglementations, notamment pour le marché du travail.  Cette amélioration est remise en cause depuis 2025 sous l’effet d’un choc fiscal touchant particulièrement les entreprises.

•    La production en France continue à générer des effets induits importants via les achats intermédiaires dans le reste de l’économie, ces effets multiplicateurs peuvent atteindre un multiple de 2 pour la valeur ajoutée et de 4 pour l’emploi dans certains secteurs industriels. 

•    Produire en France est un levier de décarbonation du bilan des émissions mondiales de GES, grâce à une électricité principalement décarbonée.