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Trois ans après le vote pro-Brexit l'économie britannique n'a pas sombré. Et ensuite ?

- Le Cercle Les Echos, septembre 2019

10/09/2019

Denis FERRAND

Trois ans après le vote pro-Brexit, l'économie britannique n'a pas connu de récession, contrairement à ce qu'anticipaient de nombreux prévisionnistes. Que penser dès lors des sombres scénarios actuellement avancés en cas de no deal ? Denis Ferrand explique comment en 2016 la forte sous-estimation du taux d'épargne des ménages a pu contribuer à un diagnostic erroné. Il souligne ensuite les points de vigilance sur les capacités de croissance du Royaume-Uni.

Photo Volkan Olmez, Unsplash

• L'économie britannique a fait mentir les sombres prévisions sur les conséquences du vote pro-Brexit

De coups de théâtre en retournements, la procédure de Brexit défie toutes les prévisions depuis trois ans. Sur le plan politique, mais également sur le plan économique. Les rapports condamnant l'économie britannique aux affres d'une profonde récession en cas de vote pro-Brexit avaient fleuri avant le référendum.

Trois ans plus tard, le tableau est loin d'être apocalyptique. Certes, l'économie britannique ne surperforme plus celle de la zone euro comme avant. Mais son niveau d'activité n'a jamais reculé, hormis au 2e trimestre 2019,

• Un thermomètre déficient a conduit à un diagnostic erroné

Une hypothèse de départ était que la dépréciation de la livre pouvant résulter du vote pro-Brexit aurait pour conséquence une amélioration de la compétitivité des exportations, mais aussi un recul de la consommation en raison de la bouffée d'inflation importée qu'elle allait occasionner. C'est l'inverse qui s'est produit. La livre s'est bien dépréciée (surtout avant le vote), mais la consommation des ménages a tenu. En revanche, les parts de marché ont chuté : les exportations progressant beaucoup moins que ne l'ont fait les marchés auxquels elles s'adressent.

• Un matelas d'épargne deux fois plus important qu'estimé

Quel thermomètre a été défaillant ? Celui du taux d'épargne des ménages. En 2015, celui-ci était estimé à 4,2% du revenu des ménages, un point record à la baisse. Le bas de laine dans lequel les ménages allaient pouvoir puiser pour soutenir leur consommation était ainsi jugé très maigre. Or, au gré de révisions successives effectuées par l'Institut national de la statistique, il apparaît que le taux d'épargne britannique était plus de deux fois plus important en 2015 (à 9,8 %). De fait, les ménages ont disposé d'un matelas bien plus fourni qu'initialement estimé dans lequel ils ont puisé. Ils ont aussi accentué leur recours au crédit, évitant ainsi une chute de la consommation.

Du côté des exportations, l'impact de la réorganisation des réseaux commerciaux déployés par les entreprises travaillant avec le Royaume-Uni a probablement annihilé l'effet positif pour la compétitivité de la dépréciation de la livre. Les canaux d'approvisionnement ont été perturbés, occasionnant des coûts et des lenteurs, sources de perte de compétitivité.

• Trois points d'alertes sur la capacité de croissance du Royaume-Uni

Est-ce à dire que toutes les nouvelles prévisions qui décrivent un scénario dramatique suite à un Brexit sans accord seront une fois encore prises en défaut ? Le pire n'est jamais sûr, mais trois points d'alerte sont à relever. Par une singulière ironie, le taux d'épargne des ménages est tombé à nouveau à 4,5% du revenu en 2019, son niveau supposé en 2015. A moins d'imaginer une nouvelle révision ultérieure de cette estimation, tout soutien futur à la consommation venu d'une baisse du taux d'épargne est improbable.

Ensuite, depuis un an et demi, l'investissement des sociétés est en recul. C'est le processus d'accumulation du tissu productif qui est ainsi bloqué. Enfin, les flux migratoires entrant au Royaume-Uni pour motif de travail se sont taris. Ceux-ci avaient contribué à la croissance de la population active à hauteur de 0,5 point en 2015 et 2016 ; alimentant aussi probablement un vote de rejet du principe de libre circulation en Europe. Dès le lendemain du Brexit, ces flux ont commencé à ralentir. Ils ne contribuent plus qu'à hauteur de 0,2 point à la population active. Investissement et flux de main-d'oeuvre en berne, ce sont deux éléments fondateurs du potentiel de croissance britannique qui s'étiolent.

Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.

Article paru à la rubrique "Débats & Idées" des Echos et disponible sur le site du journal :

Le Brexit ou les tourments de la prévision économique, Les Echos, Le Cercle, 10 septembre 2019

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